Sans la neutralité, la Suisse disparaîtra
Commentaire à l'interview de Suzette Sandoz dans Antithèses-Bon pour la tête du 6 septembre 2026
Elle fait du bien à écouter Madame Sandoz, enfin des paroles censées dans ce débat stérile !
Pourquoi la
Suisse doit-elle être neutre ? Parce que c'est un tout petit pays, trop petit pour faire peur à qui que ce soit. Trop petit pour pouvoir se défendre contre des pays plus grands que lui.
Son moyen de défense n'est pas militaire car il ne serait jamais assez armé pour résister aux agressions de pays, par définition, plus grands que lui. Avec une superficie de 41'000 km2, la Suisse se place au 132ème rang des 203 pays du monde, les trois premiers étant, dans l'ordre, la Russie, le Canada et les Etats-Unis.
C'est pour cette raison que la Suisse ne doit pas s'allier à qui que ce soit, afin d'être perçue comme l'ennemie de personne et donc l'amie de tous. Grâce à cette qualité universellement reconnue, elle peut jouer le rôle de pacificatrice et de propagandiste de paix.
Ce sont les puissances européennes qui ont déclaré la Suisse neutre et inattaquable le 20 mars 1815 au congrès de Vienne. Leur but était que ce petit pays situé au croisement de toutes les routes européennes ne se serve pas des Alpes pour leur barrer le passage mais laisse ce carrefour ouvert à tous. C'était la raison de cette neutralité imposée et acceptée. On pourrait faire le parallèle avec le détroit d'Ormuz d'aujourd'hui.
Au fil du temps, la Suisse a pris ce rôle au sérieux et s'est petit à petit imposée comme le pays neutre par excellence, éternel propagandiste de paix et défenseur infatigable de la diplomatie pour résoudre les conflits. Et c'est tout naturellement qu'elle proposa ses bons offices à chaque fois que la politique internationale le demandait et qu'elle devint la gardienne de la Charte des droits de l'homme.
Ses croix blanche et rouge et son passeport devinrent les emblèmes universellement reconnus de neutralité, de paix et de bonne-volonté. Sa neutralité lui a permis de se hisser politiquement au niveau des pays les plus puissants de la planète et de rester à l'écart des guerres.
Tout aurait pu rester en l'état : une Suisse neutre et bienveillante, et des pays en conflit qui faisaient appel à elle comme intermédiaire pacificateur. Mais le monde bascula dans une nouvelle phase avec l'arrivée à la tête des USA de Donald Trump. Son caractère intransigeant et dominateur, son égo démesuré et sa quête inlassable de reconnaissance et d'honneurs ont transformé le monde : le Président Trump a effacé 100 ans de diplomatie en retirant son pays de nombre d'accords internationaux. Ce qui se résolvait auparavant par la diplomatie le fut dorénavant par la force. Les trêves et accords de paix furent autoritairement imposés et aucun ne tint. La diplomatie passa aux oubliettes de l'histoire et le monde devint plus brutal que jamais, les ukases et la force devenant, pour les puissants, les moyens d'imposer leur volonté.
La Suisse n'échappa pas à ce clivage et le Conseiller fédéral Cassis (et ses discrets appuis) fit dévier lentement mais sûrement la politique fédérale de la voie de la neutralité. Ses partis-pris "deux poids - deux mesures", par exemple en faveur de la politique d'Israël et en défaveur de celle de la Russie, finirent par devenir par trop criants et, notamment, les USA, l'OTAN et la Russie, la déclarèrent avoir perdu son esprit de neutralité.
Au vu de tout cela et afin de faire revenir la politique de la Suisse à sa bienveillante neutralité, un groupe de citoyens lança une initiative dans le but de l'inscrire dans la Constitution fédérale afin que nul ne soit en mesure d'en faire dévier le pays à l'avenir.
Elle se décompose en quatre points :
https://neutralite-oui.ch/texte-de-linitiative/
Les citoyens suisses devront voter à cet égard le 27 septembre 2026.
Les adversaires de cette initiative font feu de tous bois pour la contrer, notamment l'économie, qui la voit comme une menace à l'acceptation, certains disent la soumission, aux accords bilatéraux que la Suisse devra signer avec l'Union Européenne.
Egalement les binationaux suisses-UE, qui représentent le tiers de la population , et qui y voient une menace pour leurs intérêts, notamment ceux liés à la libre circulation et à la dispense du devoir de faire leur école de recrue.
Les syndicats, qui hélas se trompent de combat et emboîtent le pas à l'économie, pensant ainsi conforter le statuts du travailleur, mais en oubliant les avantages de la neutralité pour les "petits".
Et également les idéalistes partisans à tous crins de l'entrée du pays dans l'UE, pensant ainsi favoriser la paix dans le monde, alors que le résultat sera plutôt de soumettre la petite Suisse aux diktats de l'UE et de la priver de sa politique de démocratie directe.
Trop petite pour défendre ses intérêts, la Suisse deviendra alors le souffre douleur de l'UE et se liquéfiera dans une Europe molle, sans relief et belliqueuse, en butte aux convulsions délétères des gauches et des droites politiques. On l'oublie que trop, mais nous devrons alors partir faire la guerre dans les rangs de l'UE, ce sera la contrepartie à notre adhésion. C'en sera fini de l'exception Suisse !
Comme on peut le voir, on ne parle guère du sujet de l'initiative - cimenter la neutralité dans la Constitution afin d'éviter de la perdre. Les sous-entendus prennent le dessus sur la protection de la politique séculaire de la Suisse qui l'a si bien protégée des horreurs de la guerre.
C'est d'autant plus regrettable que l'esprit de neutralité joue un rôle capital dans la politique intérieure suisse, il en est même consubstantiel. C'est grâce à lui que la Suisse, association de 4 ethnies de mentalités fort différentes et ne parlant pas la même langue, a pu résister aux forces centripètes du temps.
Si la Suisse perd son esprit de neutralité et de consensus et s'aligne sur le marasme qui règne dans beaucoup de pays européens, il y a de fortes chances qu'elle s'y dilue et devienne le jouet de ceux qui oeuvrent à sa soumission et à son internationalisation.
Elle y perdra sa liberté et son niveau de vie
Et la Suisse disparaîtra en tant que peuple
Et dernier point : qui va défendre la paix si la Suisse perd cette fonction exceptionnelle ? Les Hommes vont-ils éternellement se battre pour assurer leur survie sur terre ? Ne sortiront-ils donc jamais de cette animalité ? Le peuple suisse, qui a prouvé son empathie universelle, devrait-il perdre sa bienveillance et grossir les rangs de ceux qui "hurlent avec les loups" ? Et l'humanité finir par s'autodétruire par manque de partisans de la paix ?
Etre neutre, c'est la mission d'un petit pays qui ne fait peur à personne. Précisément parce qu'il ne fait peur à personne !
Il est impératif que quelqu'un soit un phare de paix dans le monde conflictuel actuel ! La Suisse a tenu ce rôle jusqu'à présent, elle doit continuer à le faire. C'est dans son intérêt et celui de l'humanité toute entière. Qu'il reste au moins une voix de paix dans ce monde de brutes !
En toute logique, s'ils aiment leur pays, les citoyens devaient accepter sans réserves cette initiative et donc glisser un OUI dans l'urne le 27 septembre.
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Etre neutre, c'est la mission d'un petit
pays qui ne fait peur à personne.
Précisément parce qu'il ne fait peur à
personne ! (Michel Vonlanthen) |
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