Jusqu'ici notre pays a été épargné par ce phénomène.
Le civisme des Suisses et le respect de ses autorités étaient des vertus
reconnues et enviées par nos voisins. Le Suisse est obéissant et
respectueux des lois. Il est travailleur et ne fait pas la grève pour un
oui ou pour un non. C'est cette "sagesse" et cette stabilité qui ont été
les bases de notre prospérité et de la paix sociale qui y règne. Hélas
tout cela a tendance à changer avec les injustices et scandales qui
émaillent notre vie publique depuis quelques années. La faillite de
Swissair, les fonds en déshérence, la presque faillite des grandes
banques, les salaires exorbitants des dirigeants d'entreprise,
l'impunité des délinquants vis-à-vis de la Loi, les assurances et taxes
qui ne font qu'augmenter chaque année, Tchernobyl, Fukushima, etc, etc.
Tout cela fait que les autorités perdent la confiance de leurs électeurs
car ces derniers ont le sentiment qu'elles leur mentent et qu'elles ne
résolvent plus leurs problèmes.
Le sentiment qui s'installe dans la population est
celui de vivre dans un pays où 4 catégories de citoyens coexistent:
-
Les très riches, dont beaucoup d'étrangers
au bénéfice de forfaits fiscaux. Eux ils son pratiquement à l'abri
des lois ordinaires car ils ont les moyens de se payer les services
des meilleurs avocats pour obtenir des passe-droits ou pour se
sortir de situations qui, autrement, les mèneraient en prison.
-
Les malheureux sans papiers qui sont
contraints de vivre en marge de la Loi puisqu'officiellement ils
n'existent pas. Ils vivent la peur au ventre et exploités en
acceptant n'importe petit boulot mal payé. Cela doit arranger bien
du monde puisqu'aucun de nos politiciens ne trouve le moyen de faire
cesser cette situation honteuse. On estime leur nombre à 200'000 en
Suisse.
Hormis le fait de se faire renvoyer ailleurs (ce qui n'est pas
rien!) eux n'ont rien à craindre de la Loi puisqu'ils n'existent
officiellement pas et sont insolvables. Les chiffres officiels de la
Police le montrent, la plus grande partie de la délinquance est
perpétrée par cette catégorie-là de la population. Comme dans toutes
les classes sociales, tous les sans-papiers ne sont pas des
délinquants, seule une minorité l'est. Ce sont hélas les plus
visibles et le tort de réputation fait à leurs collègues honnêtes
est énorme.
Cela pose d'ailleurs une question de fond hautement morale: est-il légitime,
pour une personne en danger de mort (la simple survie quotidienne
pour les sans-papiers), de contrevenir à la Loi pour tenter de
survivre? Dit plus simplement: Si ton enfant est en train de mourir
faute de nourriture, est-il légitime d'aller voler un pain dans un
supermarché pour le sauver?
-
Les pauvres qui sont au bénéfice des aides
de l'Etat. Assistés par l'assurance invalidité, par l'assurance
chômage, par les aides complémentaires, par les ONG de bienfaisance
et autres organisations, ils survivent et aucun d'eux ne
risque de mourir de faim, notre système de protection sociale y
pallie. Certes leur situation n'est pas enviable, mais ils
arrivent à vivre et à se faire soigner. Les statistiques montrent
que c'est dans les villes qu'ils sont les plus nombreux. Voir
la
statistique du chômage.
-
Et la grande masse des citoyens ordinaires
ni riches ni pauvres, la classe moyenne. Ce sont eux qui commencent
à avoir le sentiment qu'ils sont les "dindons de la farce" de la
société telle qu'elle est devenue.
Car ces gens-là ont le sentiment de faire "tout juste": ils sont
bons citoyens, il vont voter, Ils sont inscrits et répertoriés
partout où il faut, ils font leur changement d'adresse lorsqu'ils
déménagent, ils ont fait leur école de recrue, ils élèvent leur
enfants sans l'aide de quiconque, Ils sont respectueux des lois, ils
disent bonjour à la dame, ils aident les personnes âgées à porter
leurs sacs, ils paient leur journal pris dans les cassettes, ils
parquent dans les place de parc autorisées, ils ramassent leurs
crottes de chien, ils achètent des bricoles à ceux qui font du
porte-à-porte, ils portent à la Police l'objet qu'ils ont trouvé,
etc, etc. Et pourtant c'est eux qu'on emprisonne de plus en plus
dans un corset de lois toutes les plus contraignantes les unes que
les autres et qu'on charge à coup d'impôts, de taxes et
d'obligations de toutes sortes.
Par exemple l'impôt sur la valeur locative
Un couple travaille toute sa vie pour acquérir une maison ou un
appartement pour loger sa progéniture. Pour y arriver il emprunte de
l'argent à une banque et lui paye chaque année des intérêts. Pour
abaisser le coût de la construction ce couple "met la main à la
pâte" et fait une partie du travail de construction et d'entretien
de sa maison pendant son temps libre et ses vacances.
Chaque année, contrairement aux locataires, en tant que propriétaire
il doit payer un impôt sur la valeur locative de sa maison. C'est le
loyer qu'il devrait payer pour louer sa maison s'il n'en était pas
propriétaire. Cette somme est rajoutée à son revenu imposable comme
si c'était un revenu, ce qui augmente d'autant son revenu imposable,
et donc ses impôts. Et bien-sûr il doit également s'acquitter d'un
impôt sur la fortune puisqu'il est propriétaire de sa maison. En
contrepartie il peut déduire les charges de son immeuble de son
revenu. Tout se passe bien tant que lui et sa famille ne subissent
pas de revers. C'est à la retraite que ça se gâte car là son revenu
diminue fortement. Peut-être a-t-il aussi eu quelques accidents de
vie qui ne lui ont pas permis d'alimenter son fonds de retraite comme
il l'aurait voulu, accident, maladies, décès, divorces, perte
d'emploi, etc.
En bref, il arrive à la retraite avec sa maison quasiment payée mais
avec que l'AVS comme revenu et quelques chiches réserves pour vivre. Le problème
alors, c'est qu'il est toujours soumis à l'impôt sur la valeur
locative malgré le fait qu'il ne gagne plus rien. Ce revenu fictif
lui gonfle le montant de ses impôts et il n'arrive plus à donner le
tour. Il ne lui reste alors
plus qu'une solution: vendre le fruit d'une vie de dur labeur, se
faire encore prélever des taxes au passage, et tenter de se trouver
un appartement pas cher à louer ou alors partir dans un EMS. Et
pourtant, il a fait "tout juste" durant toute sa vie et a sacrifié
ses vacances pour acquérir sa maison. C'est tout simplement une
injustice qu'on fait à ces gens-là.
Par exemple,
la voiture
L'automobiliste est probablement celui qui a le plus le
sentiment d'être le bouc émissaire de la société. Il doit faire des
sacrifices pour pouvoir s'offrir une voiture car cela coûte cher à l'achat et à
l'entretien. Il doit payer une taxe annuelle de circulation, une
assurance RC, des contrôles réguliers au Service des autos, une
énorme surtaxe sur l'essence, une vignette autoroutière, mais en
plus il a le sentiment que l'Etat l'attend à chaque coin de rue pour
lui pomper encore de l'argent. La Police installe des radars fixes
et mobiles là où elle est sûre d'attraper un maximum de
contrevenants, là où il n'y a pas de danger ou là où en principe on
pourrait rouler plus vite, sur des autoroutes rectilignes par
exemple.
En 2013 le montant des amendes augmente vertigineusement, à croire
que l'automobiliste est un dangereux délinquant ! Tu te prends 250
Fr d'amende par ce que tu dépasses de 10 km/h la vitesse autorisée
dans une rue en pente alors qu'il pleut et qu'elle est déserte. Et
dix minutes plus tard, en plein centre de Lausanne, au su et au vu
de tout le monde, tu vois un dealer vendre sa came sur le trottoir,
produit qui va peut-être tuer d'overdose un petit jeune sans défense
et mal dans sa peau. Et ce dealer, si la Police le coince, il
ressort libre du commissariat le lendemain matin et peut
tranquillement continuer son sinistre commerce.
Tu te prends 40 Fr parce que tu as dû parquer ta
voiture sur un endroit non balisé (mais sans danger et qui ne gênait
absolument personne) une nuit de très forte chute de neige parce que
tu ne pouvais pas aller plus loin (cas de force majeure). Tu veux
expliquer ton cas à la Police, elle refuse de t'écouter et te dit de
faire opposition, ce que tu fais. Résultat après avoir pu exposer ton
cas à un juge pourtant bienveillant: 40 Fr d'amende plus 50 Fr de
frais !
Alors elle est où la justice dans cette histoire ? Est-il plus grave
d'enfreindre petitement la Loi sans gêner ni mettre quiconque en danger, ou de
vendre de l'héroïne en pleine Bel-Air, à midi à Lausanne? Et ce
sont pourtant ces petites infractions-là que la Police traque
avec le plus de zèle...
Par exemple,
la
taxe au sac (détails
ici)
Cela fait des décennies qu'on trie ses déchets dans notre
pays. Et pourtant est-ce le simple citoyen qui est responsable
de la quantité croissante de déchets que produit la société ? Bien-sûr
que non, lui n'est que le dernier maillon de la chaîne
production-vente-consommation. C'est la grande distribution qui lui
impose des barquettes, des emballages en plastic, en sagex et autres
blisters pour faciliter le stockage, le transport et la vente de
ses produits.
Alors que l'Etat décide d'augmenter le
prix des sacs poubelle pour susciter à plus trier ses déchets, c'est
incitatif et peut se justifier. Mais en plus imposer une taxe fixe par
personne qui s'ajoute aux impôts, non ! Rien ne peut le justifier,
c'est contraire à la Loi qui a été votée par notre parlement et c'est
une augmentation d'impôt qui ne dit pas son nom. La Loi est pervertie
et le citoyen est trompé.
Et le plus grave, c'est que ce sont les catégories les plus pauvres
de la population qui en subissent le plus les conséquences. Par
exemple (à Bussigny), une famille "pauvre" qui a payé 2000.- d'impôt
communal en 2012, verra sa charge fiscale augmenter de 21,55% en 2013 du fait de l'introduction de la taxe au
sac.
Voir le détail
des calculs. En comparaison, un super riche verra, lui
sa charge fiscale diminuer de 1137 Fr. Tout celas parce que les
autorités de Bussigny ont eu la funeste idée de compenser la taxe au
sac (somme fixe) par une diminution d'impôt (somme variable suivant
le revenu). Avec cette façon de faire, les riches voient leurs
impôts diminuer et les pauvres augmenter. C'est une injustice
faite à la catégorie la moins favorisée de notre population !
Par exemple,
le secret bancaire
Pour toutes les lois du monde, acheter un objet volé s'apparente à
du recel. Si un Etat achète un produit volé, il devient un
receleur aux yeux de sa propre loi. Or, que dire d'un Etat qui
achète un CD de données à un employé de banque qui l'a volé à son
employeur ? Tout simplement que c'est un receleur, complice du
voleur puisqu'il lui a acheté le fruit de son larcin, et qui plus
est en toute connaissance de cause !
On peut alors se poser la question de la
légitimité d'une telle action. Est-il légitime d'utiliser un moyen
illégal (le vol) pour pouvoir confondre quelqu'un (un contribuable)
qui a commis un acte répréhensible (frauder le fisc)? La réponse me
paraît être catégoriquement non, car si un Etat, chargé de faire
respecter la Loi, ne la respecte pas lui-même, qui va la
respecter ? C'est un mauvais exemple donné au citoyen qui sera alors
incité a faire de même. Cela met la notion de civisme en grand
danger. Car alors on pourra encore plus se poser la question évoquée
ci-dessus "En danger de mort parce qu'affamé, est-il légitime de
voler?".
Dans les cas des données volées aux banques
suisses qui ont défrayé à plusieurs reprises la chronique, il est
étonnant que notre Conseil fédéral n'ait pas utilisé cet argument
pour défendre les clients des nos banques.
Pour conclure, on voit que
la légitimité d'un état, c'est-à-dire du respect que ses citoyens ont de
lui, ne souffre d'aucune dérogation car chacune d'entre elle
sape un peu plus la confiance des citoyens en leur système politique. Et
il en est d'un état comme d'une entreprise: il faut très longtemps pour
se créer une bonne réputation, mais très peu pour la perdre. Et si un
état perd la confiance de ses citoyens, il perd également la paix
sociale et crée le marasme.
Les citoyens suisses ont encore confiance en leurs autorités. Mais
jusqu'à quand ? Ces dernière années, nous avons pu voir des décisions
être contestées et être annulées en votation. Que l'Etat reste vertueux
et ne tente pas le diable, il se scierait la branche sur laquelle il est
assis !... L'Etat suisse doit respecter sa
classe moyenne, et savoir ne pas aller trop loin sous peine de mettre en
péril son autorité, et de là, la paix sociale !
François Modoux arrive à la même
conclusion dans son article "Canaliser
la colère populaire" dans Le Temps du 30 mars 2013
|