Centrales atomiques? Plus jamais!

 

14 avril 2026

 

Copyright Michel Vonlanthen

 

L'avenir m'intéresse parce que c'est là que j'aimerais passer mes prochaines années (Woody Allen)

 

 

Nos journaux se remplissent de plus en plus d'articles sur les bienfaits des centrales atomiques. Le lobby de cette forme d'énergie se donne à fond. Il a commencé par répandre la nouvelle ("alternative" selon l'expression Trumpienne) que la Suisse allait au devant d'une pénurie d'électricité et devant l'émoi général, repart sur la promotion de l'atome électrique... Il est donc nécessaire de rappeler que les centrales atomiques mettent l'Humanité en danger de mort: primo en cas d'accident, secundo avec leurs déchets hautement radioactifs dont on ne sait que faire et tertio avec la lente augmentation de la radioactivité ambiante qui finira par détruire l'Humanité après l'avoir rendu de plus en plus malade.

 

 

 

L'industrie nucléaire nous fournit une énergie électrique propre (pas de rejets de fumées), bon marché et sans danger (très peu d'accidents dans les centrales nucléaires). C'est du moins ce qu'elle nous dit.

Une énergie propre ? C'est tout relatif pour deux raisons:

D'une part l'extraction de l'uranium est dangereux pour la santé des mineurs. Mais bien-sûr aucune statistique ne filtre. Et puis l'extraction de ce minerai provoque la dissémination de poussières radioactives qui contribue à l'augmentation de la radioactivité ambiante, ce qui n'est pas très réjouissant.

 

D'autre part on oublie le problème posé par l'élimination des déchets radioactifs des centrales. Bizarrement, dans ce cas-là, l'Etat ne parle jamais du principe du pollueur-payeur ! Et pourtant il faut bien les éliminer ces déchets-là et en toute logique ce devrait ceux qui les produisent qui devraient le faire. Eh bien non ! Si on prend un exemple qui nous touche de près: la centrale nucléaire expérimentale de Lucens dont le coeur a fondu en 1969, ce qui a constitué le premier accident majeure de l'ère nucléaire. Par bonheur il n'y a pas eu de blessé mais la centrale a dû être décontaminée puis bétonnée pour éviter une contamination radioactive de son environnement. Sous la colline de Lucens, il se trouve des déchets radioactifs dont certains vont rester dangereux pendant des centaines de milliers d'années, le plutonium 239 par exemple. Il en reste (c'est une estimation officielle) dans les 50 mg dans la grotte. Or il suffit d'un seul microgramme pour tuer un homme. Il y a donc de quoi tuer 50'000 personnes dans cette grotte, sans parler des autres nucléides !...

 

 

On pourrait penser que c'est le consortium qui a construit cette centrale, la "Société nationale pour l'encouragement de la technique atomique industrielle" (SNA, un consortium de producteurs d'électricité), qui est le responsable de la surveillance du cimetière atomique de Lucens pour les 100'000 années à venir et plus. Eh bien non, en 1992 la SNA a remis à l'Etat la gestion et cette responsabilité-là ! C'est donc la collectivité qui devra supporter à tout jamais les suites de cet accident, y compris son financement.

 

En complément, lisez le livre de Daniel de Roulet "La France atomique", il y raconte la tournée de 24  centrales atomiques qu'il a faite en France. Il y explique les dangers considérables qu'elles font prendre aux populations locales. Ce livre est passionnant, bon marché et vite lu.

 

 

Une énergie bon-marché?

Oui si on ne la regarde que sous l'angle de sa production. Une centrale coûte cher mais rapporte ensuite beaucoup, ce qui permet d'en amortir facilement la construction et l'exploitation (y compris l'achat d'uranium qui reste encore relativement bon marché). Mais c'est après que cela se corse et de cela on ne parle jamais.

Une fois désaffectée, une centrale doit être démantelée, ce qui signifie décontaminer ce qui peut l'être et ensuite stocker pendent des milliers d'années tout ce qui reste radioactif (machines, canalisations, bâtiments, habits, outils, sans parler du coeur de la centrale, des fluides caloporteurs et de refroidissement, etc.) Cela fait des tonnes de matériaux qu'il faut stocker à l'abri de tout être humain (pour éviter leur contamination) et qu'il faut refroidir en permanence car la radioactivité fait chauffer les produits qui en contiennent, c'est le principe de la production d'énergie par le nucléaire.

Les déchets radioactifs les plus dangereux, de la famille des actinides, pourraient être transformés en matériaux moins dangereux (durée de vie plus courte) à l'aide de réacteurs de type surgénérateur, mais il y en a tellement que cela prendrait des milliers d'années et coûterait très cher. C'est donc irréaliste. La solution actuelle est de les laisser perdre naturellement leur radioactivité jusqu'à ce qu'ils ne présentent plus aucun danger pour l'être humain. Le Plutonium 239 a une période radioactive de 24'110 ans ce qui signifie qu'il aura perdu la moitié de sa radioactivité au bout de ce laps de temps. Que la moitié !...


 

Au début de l'ère nucléaire, les déchets étaient vitrifiés dans des tonneaux métalliques qui étaient ensuite coulés dans la mer. Mais on s'est aperçu que c'était très dangereux car les  tonneaux rouillaient et leur contenu venait en contact avec l'eau de mer, avec les conséquences qu'on imagine. On a ensuite mis ces tonneaux dans des mines de sel, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'on finissait par retrouver de la radioactivité dans les nappes phréatiques. Actuellement on pense les mettre dans des grottes, de façon réversible en cas de pépin, mais qu'il faudra éternellement en assurer la surveillance.
 

Se pose alors une question: A-t-on moralement le droit de léguer ces déchets-là à nos enfants, qui devront aussi en assurer le financement? Je pense qu'aucun parent ne peut répondre par l'affirmative à cette question.
 

Chaque centrale suisse doit alimenter un compte bancaire pour assurer son démantèlement. Malheureusement l'estimation qui est faite des coûts de démantèlement est très fortement sous-estimée, d'autant plus que les électriciens nucléaires jouent sur les mots. Ils n'incluent pas le traitement des déchets dans le démantèlement... Il en résulte un large sous-dimensionnement de la réserve financière. Actuellement aucune centrale suisse n'arrive à une réserve de 1 milliard. Or, en France par exemple, on s'est rendu compte que l'estimation des frais de démantèlement était au moins sous-estimée d'une facteur 10. Il sera intéressant de connaître à combien reviendra celui de Creys-Mallville, en cours actuellement. Mais on sait déjà que celui de Marcoule (UP1) est estimé à 6,2 Milliards d'Euros. Donc parler de 10 milliards n'est pas une vue de l'esprit. Somme qui serait à la charge de la collectivité en cas de faillite du propriétaire... Et on ne parle que de démantèlement, pas de tout le  processus "démantèlement- traitement des déchets" car là on peut multiplier ce chiffre à l'infini puisqu'il faudra surveiller les déchets pendant plusieurs centaines de milliers d'années !...

 

En fin de compte, c'est la collectivité qui est bien obligée de financer les dégâts occasionnés par les accident nucléaires car personne d'autre ne peut le faire à sa place. Ceux qui en ont retiré les bénéfices pendant des décennies sont aux abonnés absents car les sommes en jeu sont colossales, ils partiraient en faillite s'ils devaient assumer toutes les conséquences d'un accident. L'exemple parfait est celui de Fukushima. Qui a payé? L'Etat !

 

C'est une constante dans l'histoire, l'exemple d'UBS est là pour nous le rappeler. Pour éviter la faillite de cette banque "trop grosse pour faire faillite", le Conseil Fédéral est intervenu avec ses milliards et a ordonné la fusion UBS-CS, créant du même coup une super banque monopolistique, encore plus "too big to fail". Une fois encore, ceux qui avaient fait des milliards de bénéfice étaient partis, laissant les dettes à la collectivité.

 

Les pertes durant les 10 dernières années du Crédit Suisse étaient de 30 milliards. Les bonus que s'étaient octroyés ses dirigeants étaient également de 30 milliards. Cherchez l'erreur ! On peut légitimement se poser la question de savoir à qui va la loyauté de ces dirigeants-là. Au pays où ils travaillent, la Suisse, où à leur pays  d'origine ? Dans le cas de certains directeurs de banques, ils étaient américains et c'est dans ce pays qu'ils passeraient leur retraite. Or c'est l'Amérique (USA), qui a attaqué les banques suisses avec le plus d'efficacité, apparemment elles savaient tout de leurs secrets internes. Avait-elle des informateurs bien placés à l'intérieur des dites banques ?...

 

Oublier le passé, c'est se condamner à le revivre (Primo Lévy)

 

 

Une énergie sans danger ?

"
Oui" si l'on ne parle que des accidents de personnel au sein des centrales. Mais "non" en cas d'accident majeur comme celui de la fonte du coeur du réacteur.

On a l'exemple de Tchernobyl (Ukraine), dont seuls soixantes personnes ont été tués par l'accident selon le gouvernement ukrainien. Ceci est bien-sûr une grossière désinformation puisque rien que les "liquidateurs" qui ont évacué les restes de l'explosion à la pelle sont tous morts à l'heure actuelle. Les organismes spécialisés estiment à plus de 100'000 les victimes de cet accident (par cancers, malformations et autres). Et le terrain dans un rayon de 60 km autour de la centrale reste interdit à tout être humain, et ce pour des milliers d'années.

Et récemment il y a eu Fuskushima au Japon. Là aussi des milliers de kilomètres carrés resteront inutilisables à tout jamais à vue humaine. Et quelles seront les conséquences du déversement d'eau radioactive dans la mer ? Actuellement la pêche y est interdite, les poissons étant inconsommables à cause de la radioactivité qu'ils ont ingérée.

C'est bien cela le plus grand danger d'un accident nucléaire: le terrain contaminé le reste à tout jamais et ceux qui y habitaient n'ont pas d'autre solution que de partir ailleurs, en perdant leur maison qu'aucune assurance ne veut couvrir pour ce genre d'accident.

 

 

Notre santé est en jeu

 

Car n'oublions pas que la radioactivité est cumulative, chaque accident augmente un peu plus la radioactivité ambiante. La durée de la décroissance des effluents dispersés dans la nature est trop longue par rapport à la cadence des accidents. Par conséquent, chaque rejet dans la nature fait augmenter la radioactivité ambiante. On l'a bien vue avec l'explosion des bombes atomiques expérimentales, 936 dans le monde officiellement.

 

Le problème c'est  que l'effet de la radioactivité sur le corps humain commence à partir de zéro, même les petites doses sont agissantes, il n'y a pas de seuil. Simplement, une petite dose reçue produira un effet des dizaines d'années plus tard et souvent sur les générations suivantes. Car la radioactivité abîme l'ADN ce qui engendre des anomalies génétiques chez les nouveaux-nés, et des cancers chez les bien-portants.

 

Le temps entre l'irradiation et l'apparition des premiers effets sur la santé dépend de l'intensité et de la durée de la dose reçue. Une très forte dose reçue en une seule fois ira jusqu'à provoquer la mort en quelques heures, en passant par la maladie des radiations. Une petite dose reçue pendant longtemps aura pour conséquence le déclenchement aléatoire d'un cancer et/ou un dérèglement génétique sur ses descendants.

 

Le problème dans tout cela est que la radioactivité ambiante ne fait qu'augmenter à chaque fois que des produits radioactifs sont rejetés dans la nature. Elle ne disparaît qu'avec la décroissance radioactive de ses éléments, durée qui est quasiment infinie si on la compare avec la durée de vie de l'humanité. Explosions atomiques, accidents nucléaires, rejets des centrales, disséminations des déchets, tout cela s'accumule et compromet à tout jamais la survie de l'humanité. Les cancers et les dérèglements génétiques ne feront qu'augmenter, à tel point qu'un jour ce sera la fin. Les gens mourront tous de cancers avant d'avoir vécu leur vie et les nouveaux-nés naîtront tous avec des malformations. L'humanité se sera alors auto détruite !

 

 

 

Conclusion

Sans même prendre en compte la radioactivité ambiante, on peut se voiler la face et penser que les accidents arrivent toujours ailleurs et pas chez soi. Mais il faut bien réaliser que l'industrie nucléaire est une des activités industrielles les plus dangereuses que l'Homme ait inventé.

 

Aucune mensonge n'y fera, les conséquences de l'exploitation de centrales nucléaires et des accidents qui s'y produiront sont tellement énormes qu'

 

il est impossible de cautionner une telle industrie!

 

Il ne faut plus construire ce genre de centrale et planifier le démantèlement de celles qui arrivent en bout de vie. Si possible sans attendre qu'elle soient accidentées, mais en les  laissant finir leur vie jusqu'à l'échéance prévue. Sans cela les électriciens nucléaires exigeront des milliards de dédommagement à la collectivité...

 

L'actualité nous rappelle qu'une centrale atomique constitue un danger "systémique" pour un pays. Imaginez que la centrale atomique de Saporija en Urkraine, maintenant occupée par les Russes, soit sabotée, ou mal desservie, et explose, dispersants ses radionucléides dans l'atmosphère. Ce serait "Tchernobyl" à la puissance 4. La  région autour de la centrale serait définitivement condamnée, plus personne ne pourrait y habiter, et le nombre de cancers exploserait en Europe. Imaginez que ça se passe en Suisse, le quart du territoire serait définitivement inhabitable !

Alors bien-sûr, le lobby nucléaire déclare haut et fort qu'un accident est impossible en Suisse. Je lui rappelle simplement que le premier accident nucléaire au monde, heureusement sans conséquence autre que financière, s'est produit en Suisse, à Lucens! C'est comme avec les chiens. Tu te fais mordre et son propriétaire te dit bêtement que c'est la première fois que son chien mord. Franchement, ça te fait une belle jambe!...

 

Finalement,

 

L'Humanité a meilleur temps de passer le plus vite possible à la production durable d'électricité

 

car une fois les installations construites, cette énergie-là ne coûte plus rien. Le soleil, le vent ou l'eau sont gratuits. Il n'est plus nécessaire d'acheter des combustibles à l'étranger, du mazout, de l'essence ou de l'Uranium, par exemple.

 

A noter qu'il faudrait une vingtaine d'années pour développer une centrale atomique à base de thorium, moins dangereuse qu'une centrale traditionnelle. Mais dans 20 ans, la majorité de l'électricité proviendra du photovoltaïque, de l'éolien ou des barrages, des énergies gratuites. Le courant électrique d'origine nucléaire ne pourra donc jamais être compétitif du point de vue du prix, il sera trop cher. Les centrales nucléaires sont donc définitivement condamnées.
 

La mémoire est l'avenir du passé   (Paul Valéry)