La réforme du mode de perception de la
redevance radio-TV
Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous (Montesquieu)
Une redevance radio-TV éventuellement d'accord mais proportionnelle aux revenus et pas sous la forme d'une taxe fixe!
"L'impôt est juste" dit Mr Broulis, le ministre des finances du canton de Vaud et il a absolument raison! Pourquoi?
Parce que, dans une société démocratique, chaque citoyen est tenu de participer au financement des tâches de l'Etat en fonction de ses revenus et de sa fortune (la "capacité contributive" de la Loi). Or, c'est de moins en moins le cas en Suisse puisque nombre de prestations de l'Etat sont perçues sous forme de taxes fixes, ce qui constitue un impôt déguisé puisqu'il s'agit de prélèvements qui viennent s'ajouter aux impôts. La redevance radio-TV est une de ces taxes, elle ponctionne 451 Fr par année à chaque ménage.
Il s'ensuit que les assujettis à la redevance pauvres paient proportionnellement bien plus que les riches. Pour les premiers, la somme de 451 Fr représente leur budget-nourriture pour un mois entier alors que pour les second ce sera le prix d'un seul repas-gastro!
Alors pourquoi imposer des taxes fixes alors qu'il serait tellement plus simple de les inclure à l'impôt ordinaire? Tout simplement parce que les augmentations d'impôt sont soumises au vote parlementaire, voire populaire, et que les augmentations passent mal la rampe, la faute à l'économie libérale qui ne les n'aime guère et qui ne perd aucune occasion de fustiger les augmentations et de prôner le "moins d'impôts".
Pourquoi prôner le "moins d'impôts" ?
Tout simplement parce que l'économie, par définition entre les mains des possédants, tente toujours d'abaisser ses prix de revient afin d'être plus concurrentielle à l'échelon international. Et pour cela il faut que ses impôts soient le plus bas possible. L'ennui c'est qu'en abaissant les impôts des sociétés comme vient de le faire le canton de Vaud en passant de 25 à 14%, l'Etat doit augmenter ceux des simples citoyens afin de maintenir le montant de ses revenus.
On touche là un point délicat de la paix sociale car on nous serine depuis toujours que "ce qui est bon pour l'économie est bon pour le pays". Ce n'est pas faux, mais encore faut-il s'entendre sur la définition du mot "pays". Car à partir du moment où ce que l'Etat donne aux entreprises est pris dans la poche du citoyen, on peut se demander qui seront les bénéficiaires des rabais fiscaux. On peut répondre sans risque de se tromper que ce seront les riches, les propriétaires des sociétés", qui vont mécaniquement faire plus de bénéfices puisque leurs charges vont diminuer. Ce qui repose une nouvelle question: "ces sociétés vont-elle abaisser leurs prix de vente ou augmenter les dividendes de leurs actionnaires? L'avenir nous le dira, mais une chose est sûre: les travailleurs de ce pays verront leurs impôts augmenter, ce qui les mettra dans la catégorie des perdants de la RIE III ! Car pendant ce temps les salaires stagnent, le Franc suisse se déprécie (10% de moins par rapport à l'Euro) ce qui aura comme conséquence que les prix des produits importés vont augmenter. Comment va réagir le bon peuple?
En réclamant "Moins d'impôts", l'économie néo-libérale fait coup double. Elle se met de l'argent dans la poche mais aussi diminue la puissance de contrôle de l'Etat. Par exemple, comment voulez-vous que les inspecteurs de l'Etat, qui sont censés lutter contre le dumping salarial, contrôlent toutes les entreprises du canton alors qu'ils ne sont que 8, faute de budget (moins d'impôtrs), pour inspecter 5000 entreprises? Comment voulez-vous que les spécialistes fédéraux contrôlent le respect des normes des installations de la téléphonie mobile alors qu'ils n'ont que le budget pour 2 employés?
Au final, en s'opposant à toute augmentation d'impôts, les néo-libéraux ont trouvé un moyen commode et populaire de limiter la puissance étatique à leur profit. Et le pire c'est que ça marche, le bon peuple, bien gentil, leur donne plein pouvoir, vote après vote.
Le bon peuple a peut-être un début d'excuse parce qu'il est tellement collé à l'écran de son smartphone qu'il ne s'aperçoit même pas qu'il est manipulé. Les réseaux sociaux sont tellement populaires que les informations qu'ils récoltent leur permettent d'envoyer de la publicité ciblée aux citoyens-votants.
"Je suis assez grand pour savoir par moi-même quoi voter!". Que non point mon grand dadais, car le marketing est plus puissant que tu ne le penses! Il ne te dit pas quoi voter mais te fait croire que ton opinion est partagée par la majorité des votants, et donc que tu as raison.
Comment cela?
Tu as certainement constaté sur le Net que les moteurs de recherche te retournent les réponses pertinentes en seconde position, mais qu'en premier on te présente des liens que les annonceurs ont payé pour les placer en tête de liste.
Et puis on te fournit également des annonces qu'on peut classer dans la catégorie des "ceux qui ont posé la même question ont aussi acheté les produits suivants". Ce qui signifie que l'intelligence artificielle du moteur de recherche ou du réseau social te présente des produits qui seraient susceptibles de te plaire (ou qu'on veut t'imposer), donc que tu serais susceptible d'acheter. Dans le cas d'une élection, on te proposerait des candidats qu'on veut te faire élire en te faisant croire que d'autres que toi vont également voter pour eux. En réalité il n'en est rien, on veut simplement te faire voter pour celui qui a payé l'entreprise de marketing à cet effet. Il a payé pour que sa candidature soit mise en avant par rapport à celles des autres candidats. C'est très fûté car si on te disait "vote pour celui-ci" tu crierais à la machination alors qu'en ne te présentant que celui qui a payé et pas les autres, on te fait croire que tu as raison puisque d'autres électeurs pensent comme toi!...
C'est typiquement ce qui semble s'être passé avec la dernière élection du président US.
Il faut tout de même mentionner un détail qui a son importance: pourquoi les citoyens américains ont-ils été choqués parce que 87 millions d'entre eux ont été pris pour cible par Cambridge Analytica alors qu'on sait depuis Edward Snowden que les officines états-uniennes espionnent sans vergogne et à grande échelle des états étrangers, des entreprises et de simples citoyens? Parce que le "Patriot Act", voté après l'attentat du 11 septembre, l'autorise, mais pas sur sol US. Elles n'ont pas le droit de récolter des données sur leurs propres citoyens. En conséquence, dans ce pays personne ne s'offusque lorsqu'on apprend que le smartphone de la présidente Merkel a été surveillé par la Ennessa ou que les mails des entreprises suisses et européennes finissent dans les mêmes big datas et sont utilisés pour gagner la guerre économique. Par contre un espionnage à leur encontre provoque un tollé !
Mais revenons-en à nos moutons, à la redevance radio-TV!
Le fait de l'intégrer aux impôts aurait plusieurs avantages:
Le premier est que cette taxe fixe de 451 Francs (en principe 365.- à l'avenir) deviendrait proportionnelle aux revenus des contribuables. Les familles dont les revenus imposables sont dans la moyenne suisse (8957 Fr de disponible chaque mois après déduction des charges fixes) paieraient le montant de la taxe actuelle en plein (365.-), les pauvres moins et les plus riche plus. La courbe de progression est à définir mais je proposerais une progression linéaire entre le revenu zéro (redevance = 0) et un plafond à 1 milllion, ce qui permettrait aux milliardaires de pouvoir rester dans le pays qu'ils aiment tant selon l'adage "trop d'impôt tue l'impôt". Les matheux de la Confédération sauront calculer une courbe qui allie démographie fiscale à justice sociale et qui permette de récolter la même somme totale qu'actuellement. Les médias qui sont au bénéfice du fruit de la redevance, la SSR entre autres, ne verraient donc pas leurs subventions changer.
Le second avantage: il ne serait plus nécessaire de mandater une entreprise externe, anciennement Billag, pour récolter la redevance. Elle serait encaissée en même temps que l'impôt fédéral direct. Cela ferait quelques dizaines de millions d'économisés!
Sans parler, bien-sûr, du changement de paradigme que constituerait cette mesure. Pensez-donc, l'Etat re-deviendrait crédible! Avec ce signal, les citoyens pourraient recommencer à faire confiance à leurs gouvernants, ce qui serait un magnifique retournement de situation, de quoi garantir la paix sociale pour quelques temps. Car c'est bien elle qui est en jeu. A force de tirer sur la corde, nos gouvernants et les lobbies qui les dirigent pourraient bien se scier la branche sur laquelle ils sont assis. Une personne intelligente sait qu'il faut quelquefois savoir lâcher du leste sur un point secondaire afin de conserver l'essentiel!