Haut-Parleur.ch

La Suisse et le F-35

Par Michel Vonlanthen

 

Version du 21 mars 2025

 

La Suisse a fait l'acquisition de 16 avions de combat de type F-35, de la firme US Lockheed Martin, après un appel d'offres étanche et des manoeuvres politiciennes pour l'imposer. La plupart des questions sont restées "secret défense". Il faut que le voile se lève un jour, car cet achat est une catastrophe pour le pays. Surtout parce qu'il pousse autoritairement la Suisse dans les bras de l'OTAN, rompant ainsi avec sa traditionnelle politique de neutralité. Ce débat-là a été escamoté, le Parlement et le Peuple ont été mis devant un fait accompli. C'est inacceptable!

 

Parfois ce sont les personnes qu'on imagine capables de rien qui font des choses que personne n'aurait imaginées (Alan Turing)

 


Photo Wikipedia

 

"Les F-35 sont coûteux et inefficaces. C'est le pire rapport qualité prix militaire de l'histoire. Cet avion était voué à l'échec dès le départ car il devait répondre à trop d'exigences différentes, le rendant complexe, bon à tout mais maître en rien. Les avions de chasse pilotés sont obsolètes à l'ère des drones. Les F-35 ne feront que tuer leurs pilotes. Les drones armés sont maintenant plus économiques et efficaces que les avions de combat pilotés".

Ces paroles sont celles d'Elon Musk, le tout nouveau collaborateur du président Trump et génial inventeur de Paypal, de la Tesla, de Space X et de Starlink. C'est donc un membre du gouvernement américain qui parle, un connaisseur des technologies et citoyen du pays qui produit le F-35!

Ref: Bon pour la Tête du 17 janvier 2025, https://bonpourlatete.com/a-vif/musk-dezingue-notre-avion

Ce pamphlet est déjà édifiant, mais d'autres questions se posent à propos de cet achat.
 

 

D'abord ses caractéristiques

 

D'après les données de son constructeur Lockheed Martin, le  F-35 Lightning II est l'avion de combat qui a le moteur le plus puissant du monde, conçu pour des missions furtives d'attaque au sol en territoire ennemi.

 

Caractéristiques données par Lockheed Martin: https://fr.wikipedia.org/wiki/Lockheed_Martin_F-35_Lightning_II

Résumé: https://swiss-f35.ch/wp-content/uploads/2021/10/FG19-07290_004-F-35DiscussionMap_French.pdf

 

Grâce à sa géométrie, à son revêtement et à divers astuces, il est furtif, en ce sens que tout a été conçu de façon à ce que les radars ne le voient pas. Pour cela, son armement est  interne, soit un canon de 25 mm et 2'800 kg de bombes/missiles en  soute. Il peut emporter un armement supplémentaire de 6.8 tonnes max sous les ailes, mais il  perd alors sa furtivité.

 

Pour la Suisse, cette furtivité implique un entretien particulièrement coûteux, entre autres de refaire régulièrement l'état de surface de l'avion. De plus, les USA exigent qu'il soit abrité dans un hangar super sécurisé, donc très cher, afin de le soustraire à la curiosité des espions.

 

En fait, la Suisse n'a pas besoin de cette furtivité puisqu'elle destine cet avion essentiellement à la police de l'air au-dessus de son propre territoire.

 

Sa vitesse maximale est de 1'700 km/h, soit Mach 1.6, à une altitude max de 18'500 mètres. Son autonomie est de 2'600 km et son rayon d'action de 1'080 km. C'est donc bien un engin destiné à des missions lointaines en territoire ennemi et pas à un usage au-dessus de la Suisse, petit pays qu'il traverserait en 8 minutes pour aller de Payerne à Davos. On peut donc estimer que sa vitesse et son rayon d'action ne sont pas adaptés à l'exiguïté du territoire suisse.

 

Le F-35 est très bruyant puisqu'il dépasse de 3 décibels celui d'un actuel FA-18, soit le double. Ce n'est pas un atout auprès de la population d'un pays qui est l'un des plus densément peuplé au monde. D'autant plus que la valeur de 3 db ne tient pas compte de l'usage de la postcombustion  (poussées additionnelle) que le F-35 devra obligatoirement enclencher pour monter rapidement  au-dessus des montagnes. Il n'est pas exagéré de dire que le F-35 n'est pas fait pour la Suisse du point de vue du bruit puisque, où qu'il aille, il passe forcément au-dessus de zones densément peuplées.

 

Le F-35 communique en temps réel à l'aide d'un émetteur radio de 200 watts dans la gamme de fréquences de 12 à 18 GHz (bande KU). Le volume des données est énorme et exige une gamme de fréquences particulièrement large. Ces fréquences sont arrêtées pas les obstacles et nécessitent l'usage de satellites (ou d'avions relais), ce que la Suisse ne possède pas. Le réseau radio actuel de l'armée et de l'aviation ne couvre d'ailleurs pas cette gamme si bien qu'il faudra de nouveaux équipements au sol.

 

D'autre part, les communications du F-35 se font dans un protocole numérique particulier appelé Liaison 16 pour l'OTAN et, plus généralement, MADL (Multifunction Advanced Data Link) pour les USA. Il est conçu pour gérer un flux de données très important, avec le temps de latence adéquat, en frequency hopping (sauts de fréquences pour brouiller les écoutes) et avec des capacités d'anti brouillage, tout cela avec un assemblage d'antennes directives mises en phase. Il est clair que ces caractéristiques impliquent, c'est leur but, d'être intégré dans un réseau radio à longue distance relayé par satellites, typiquement celui de l'OTAN, afin qu'il soit intégré dans la reconnaissance ami/ennemi et dans les missions tactiques. Cet avion n'est pas prévu pour fonctionner en dehors de ce réseau-là. Cela signifie que le protocole MADL, qui inclut la reconnaissance ami-ennemi, l'intégration aux mission tactiques, la transmission des données de nombreux capteurs (caméras, activité radar et de brouillage de l'ennemi, état de l'avion comme le niveau de carburant et et la quantité restante de munitions, etc), ne pourra pas être utilisé tel quel. Parce que la Suisse ne peut pas être intégré au système de l'OTAN faute de perdre sa neutralité. Il semble donc évident que le Conseil Fédéral a décidé que la Suisse rejoindrait les rangs de l'OTAN en faisant l'acquisition de cet avion-là.

 

La décision de rejoindre les rangs de l'OTAN est une décision hautement stratégique et politique qui va à l'encontre des voeux de la majorité de la population suisse, qui considère la neutralité comme consubstantielle du pays. Quelle mouche a donc piqué le Conseil Fédéral de forcer ainsi la main à tout le pays en équipant notre armée de cet avion-là? Est-ce là une manière démocratique d'engager le pays dans cette voie?

 

Ref: Liaison 16 https://fr.wikipedia.org/wiki/Liaison_16

Ref MADL https://en.wikipedia.org/wiki/Multifunction_Advanced_Data_Link

 


Est-il adapté à l'usage que nous voulons en faire ?
Réponse: Absolument pas!

Le F-35 est un avion furtif et rapide destiné à des attaques au sol en territoire ennemi, alors que la Suisse est un petit pays montagneux dans lequel il faut zigzaguer plutôt que de faire du Mach 1.6. Il vaudrait mieux avoir un avion capable de faire la police du ciel en temps de paix et en temps de guerre, pas de la porter en territoire ennemi.

Le F-35 est clairement sous le contrôle permanent d'une puissance étrangère, qui aurait alors la capacité de l'empêcher de décoller à distance. D'ailleurs, un F-35 est automatiquement cloué au sol si le contact n'a pas été établi avec le système depuis 30 jours.
 


Peut-on faire confiance à celui qui nous vend cet avion ?
Réponse: on peut en douter.

Lorsqu'on voit de quelle façon le gouvernement américain traite ses "amis", en leur faisant du chantage "si vous ne faites pas la paix nous vous coupons notre aide" (Trump à Zelensky le 28 dévrier 2025), "Vous ne nous dites pas assez merci (Vance à Zelensky le 28 dévrier), "pourquoi ne portez-vous pas un costume dans ce bureau ovale ?" (un journaliste hilare à Zelensky le 28 février), "Donnez-nous accès à vos mines de terres rares sinon on vous lâche" (Trump à Zelensky le 28 dévrier). Dans ces conditions, l'armée suisse peut-elle faire confiance à ceux qui ont le kill-switch de ses avions de combat en mains ? Franchement, il faudrait être stupide et naïf de le faire.

Et pourtant, notre Conseil Fédéral l'a fait, en accord avec les hauts gradés de l'armée et de ses experts. Il voulait tellement cet avion-là qu'il a même réduit le nombre d'heures de vol minimum de formation des pilotes donné par son fabricant afin d'en abaisser artificiellement le prix. Il a même hâté la conclusion du contrat d'achat afin d'arriver avant la votation de l'initiative "contre les F-35" qui devait passer aux votes populaires. Bizarres méthodes d'achat pour un pays démocratique!

Et puis, apparemment, l'appel d'offres concocté par nos spécialistes était en fait la liste des caractéristiques du F-35, et pas un appel d'offres qui mettait tous les concurrents sur un même pied d'égalité. Ce n'est probablement pas pour rien que ses résultats n'ont pas été communiqués aux postulants, soi-disant pour une question de secret défense. Ainsi, personne ne sait quels sont les critères techniques qui ont mis le F-35 en tête et éliminé le "Rafale" des Français et  l' "Eurofighter" des Européens.

Si l'on veut favoriser un des fournisseurs, il suffit d'utiliser les caractéristiques de son produit en guise d'appel d'offres. Ainsi, il n'y aura qu'un seul produit qui sera en mesure de répondre a toutes les caractéristiques désirées et  c'est lui qui emportera la mise. Est-ce le cas avec le F-35? Tant que le Conseil Fédéral persistera à garder le secret sur cette adjudication, toutes les hypothèses resteront ouvertes,


Pour en revenir aux F-35, il y a encore beaucoup d'autres points de l'achat qui laissent pantois, comme, par exemple, le fait que notre armée n'a acquis qu'une seule bombe par avion afin de respecter le budget alloué à cet achat. Même chose pour les missiles... A quoi servent des avions sans munitions? Manifestement, l'idée sous- jacente était de faire passer l'achat des avions et ensuite de re-demander des crédits pour des munitions et des heures d'entraînement. Puisqu'on avait déjà dépensé 6 milliards, on n'allait pas tout jeter aux orties pour 10 milliards de plus. Cette méthode est détestable et sape la confiance du peuple en ses élus!

Mais il y a encore plus: les Américains exigent des hangars hyper sécurisés pour leurs F-35 afin qu'ils ne puissent pas être espionnés par les Chinois. Quelques centaines de millions en plus!

Si on résume: avion inadapté à l'usage qu'en ferait notre pays, très très cher, prix des révisions futures non communiqués (le changement du moteur est déjà programmé), avion encore en développement (des centaines de défauts répertoriés), caractéristiques inutilisables pour la Suisse, entre autres la furtivité du F-35, qui n'existe qu'à haute vitesse, sans post combustion et sans munitions sous les ailes. Et le plus grave: la mainmise d'un pays étranger sur nos avions de guerre, dont il peut suivre en temps réel les évolutions et qu'il peut mettre hors service à distance à sa guise.

Franchement, se mettre ainsi à la merci d'un pays étranger, fut-il ami au départ, est inacceptable pour une armée souveraine. D'ailleurs il suffirait que les satellites relais tombent en panne ou soient détruits par un ennemi, pour que nos F-35 ne puissent même pas décoller...

Ca fait beaucoup!
Reste la question: pourquoi ce choix?

A défaut d'informations fiables, secret défense oblige, on peut se risquer à quelques hypothèses:

L'ego, c'est-à-dire la volonté d'avoir ce qu'il  y a de mieux, de plus cher, de plus puissant, comme par exemple, les automobilistes qui ne veulent que de gros 4x4, que de puissantes Mercedes, BMW ou  Tesla.

 

L'admiration sans borne qu'ont certains gradés de notre armée pour celles des USA et d'Israël. La plupart des achats d'armes que fait notre pays se font chez eux. Cela pourrait expliquer un certain aveuglement.

L'appartenance à un clan ethnique ou politique qui pousserait à favoriser à tout prix ses "amis".

Par exemple, à qui un directeur de grande banque accorde-t-il sa loyauté? A son employeur suisse ou à son pays d'origine? Je pense là aux procès que les USA ont fait à une de nos banques alors que son directeur était américain. Ce dernier pensait-il à sa future retraite dorée dans son pays d'origine ou aux conséquences pénales de ses actions en Suisse? La question peut se poser.

Influence sur nos politiciens? Oui, sans hésiter. II suffit d'examiner les votes nominatifs de nos Parlementaires (en libre service sur le Net) pour constater qu'il y a mainmise de lobbies économiques et de puissances étrangères sur les décisions que prennent nos Parlementaires!

Et puis finalement, il n'est pas incongru d'imaginer de la corruption. Il y a bien sûr l'achat de votes, mais aussi les renseignements compromettants que pourraient posséder certains services secrets étrangers. On n'y pense pas souvent, mais il pourrait aussi y avoir du chantage que pourraient exercer des groupes d'intérêt sur les familles restées au pays d'étrangers qui travaillent en Suisse.

Et puis, finalement, il reste la bêtise crasse de ceux qui ne comprennent rien à rien et qui se font "conseiller" par des lobbies, des experts ou par des collègues. Tous nos parlementaires ne sont pas des spécialistes des armes. Suivant leur personnalité, ils pourraient très bien se laisser influencer par des lobbies. Dont le but avoué est "d'aider les parlementaires non spécialistes à prendre leurs décisions".

Il y a le choix et les point cités ci-dessus ne sont pas exhaustifs!

 


Reste alors la décision logique à prendre:

Tirer la prise et renoncer au contrat d'achat des F-35

puisqu'aucun n'a été livré et ne le seront pas avant plusieurs années.
 

 

Mais connaissant la puissance et l'imagination des avocats newyorkais, il y a fort à parier que ces derniers aient roulé dans la farine nos braves contractants suisses... Mais, sachant que les plus grandes dépenses restent à venir et que ces avions ne correspondent pas aux besoins de notre armée, je ne vois pas d'autre solution que d'y renoncer, quel qu'en soit le prix.
 

Ref: Le livre de Pierre-Alain Fridez "Le choix du F-35, erreur grossière ou scandale d'Etat?" Préfacé par Micheline Calmy-Rey.
Editions Favre, 2022 mais actuellement épuisé mais on peut l'emprunter à la BCU. Sera prochainement disponible sous forme d'E-book


Ref: Concept Air2030 d'Armasuisse: https://www.ar.admin.ch/fr/air2030-fr
 


Finalement, quelle défense voulons-nous pour la Suisse?
Le passé est l'avenir du futur (Von)


Une première réponse s'impose d'elle-même: notre pays est un nain, situé au centre de l'Europe, entouré de peuples avec qui nous vivons en bonne intelligence et avec qui nous commerçons abondamment. A priori, il n'y a aucune raison qu'un de ceux-ci devienne un ennemi, mais ce n'est pas inimaginable. Ce que nous devons cependant réaliser, c'est que nous sommes un tout petit pays de 9 millions d'habitants que notre armée ne serait de toute façon pas en mesure de battre qui que ce soit en Europe. Sur le papier, la France, l'Allemagne ou l'Italie ne feraient qu'une bouchée de nous en cas de guerre, avec leurs populations respectivement de 69, 84 et 59 millions d'âmes. Armée contre armée, nous ne faisons de toute façon pas le poids contre quasiment personne, c'est évident.

Par contre nous avons des atouts.

Nous n'avons pas de richesses naturelles, pas de mines de terres rares, mais nous avons nos glaciers, qui sont des sources d'eau douce. C'est une richesse, mais qui pourrait aussi devenir une source de conflits à l'avenir. Qui sait ce qui se passera avec le réchauffement climatique?

Nous avons aussi une position stratégique au centre géographique de l'Europe, protégée de tous côtés par montagnes, lacs et fleuves. Notre pays est un carrefour et c'est ce qui pourrait, éventuellement, inciter quelqu'un à nous envahir.


Pour résumer, nous sommes impuissants face à ceux qui pourraient nous déclarer la guerre, quelle que soit notre armée, nous ne ferons jamais le poids. Par contre nous avons l'atout de la géographie. C'est tout simplement avec cet atout-là que nous pourrions nous défendre avec succès.

Pas avec une armée, mais avec notre géographie et aussi avec notre système politique particulier, la démocratie directe. Ce système ne s'est pas imposé tout seul au fil des siècles, il a eu ses raisons. La première est que la Suisse est composée de 4 ethnies et parle 4 langues officielles. Contrairement à la plupart des autres pays dont les luttes intestines au fil des siècles ont fini par imposer une seule langue, le nôtre s'est épanoui harmonieusement en recherchant constamment l'équilibre entre grands et petits cantons, entre villes et campagne, et entre les 4 ethnies en présence. Le consensus est devenu une seconde nature et nous a donné la paix et la prospérité.

La neutralité s'est imposée naturellement afin que nos voisins ne s'imiscent pas dans notre population par l'identité de langues et de mentalités. La neutralité est devenue consubstantielle de la Suisse car elle garantit la paix sociale. Elle nous a aussi épargné les douleurs des guerres qui ont opposé tous les pays d'Europe. Lorsque tout un continent est en guerre, il est dans l'intérêt de tous de conserver un îlot de paix afin que les belligérants puissent  dialoguer officiellement ou officieusement. La Suisse a joué ce rôle au 20ème siècle et s'en est bien portée puisqu'elle n'a pas été touchée par les guerres. Merci à nos ancêtres d'avoir été assez sages pour nous en avoir  épargné les horreurs!

Nos principaux atouts face aux pays qui nous entourent sont donc la position géographique qu'occupe notre pays au croisement de toutes les routes et la neutralité de notre système politique, qui assure notre paix intérieure ainsi que celle avec tous nos voisins.

Ce n'est donc pas notre armée qui serait en mesure de nous défendre contre des ennemis mais notre politique de neutralité et notre géographie. Dès lors, le chemin vers la paix est tout tracé. Il ne s'agit plus de dépenser des sommes pharamineuses pour une armée qui, de toutes façons, se ferait submerger rapidement par n'importe quelle armée étrangère. Nous devons plutôt utiliser l'argent ainsi économisé pour la promotion de la paix dans le monde et pour aider ceux qui sont moins bien lotis que nous. Ces bons offices nous aideront à tenir à l'écart ceux à qui viendrait la mauvaise idée de nous envahir.

En cas d'attaque d'un peuple qui voudrait s'emparer de notre position-clé au centre de l'Europe, il suffirait de le dissuader en détruisant les points de communication qu'il convoite. Détruire les passages dans les cols alpins, bloquer les tunnels et les autoroutes, bref rendre la Suisse impropre au passage d'armées ennemies, ce qui rendrait contre-productive l'idée de vouloir s'emparer du pays. En d'autres termes, défendre notre peau en rendant une invasion non payante.

Et pour cela, une petite armée axée uniquement sur la défensive suffirait. Il faut bien sûr la volonté de se défendre, notre armée de milice est parfaitement adapté à cet usage avec ses armes individuelles et sa rapidité de mobilisation. Des armes antichars, des missiles sol-air, des drones, et surtout des souterrains afin de se mettre à l'abri des bombes mais aussi du regard des drones de l'ennemi. On a vu l'efficacité des tunnels à Gaza. Il faut aussi préparer et planifier le blocage des axes stratégiques afin que cela soit vite réalisé en cas de besoin. Et surtout éviter comme la peste les communications numériques, espionnables depuis n'importe où par qui sait y faire. Des téléphones à fils, comme dans les tunnels de Gaza. Ce sont eux qui ont préservé les Palestiniens de l'espionnage technologique des Israéliens.

Et puis, les guerres qui se font ailleurs, en Ukraine entre autres, devraient nous faire prendre conscience que nous devons absolument décentraliser notre production d'énergies, afin de faire en sorte qu'une seule destruction ne bloque pas tout le pays comme ce serait le cas avec les grosses centrales productrices. La production d'électricité solaire en est le bon exemple. Chaque toit étant couvert de panneaux photovoltaïques, chaque bâtiment devient producteur de sa propre électricité. Ainsi un bâtiment détruit n'aurait aucun impact sur les autres, qui pourraient continuer à se chauffer et à alimenter leurs équipements.

Un autre impératif est d'en finir avec les centrales atomiques. Car une seule de ces centrales bombardée par un ennemi deviendrait un nouveau Tchernobyl, irradiant ceux qui sont dans les environs et obligeant tous ceux qui habitent dans un rayon de 50 km autour de la centrale détruite, à quitter définitivement leur maisons et logements. Les terres irradiées deviendraient inhabitables et sources de cancers pour des générations, en fait définitivement à vue humaine.

Le mot d'ordre pour un petit pas tel que le nôtre devrait être de décentraliser tout ce qu'on peut. C'est ainsi que nous pourrons nous en sortir en cas d'agression, pas avec des armes ruineuses achetées à prix d'or. Un petit pays n'a aucune chance contre un plus grand s'il veut se mettre au même niveau militaire. Les grands pays auront toujours plus d'avions et de missiles que nous si bien que l'issue des batailles ne fait aucun doute. A terme, nous finirons toujours pas être battus par plus grand que nous, sauf si nous utilisons d'autres techniques militaires qu'eux.

Certains me diront "oui mais regardez les Israéliens! C'est l'exemple d'un petit pays qui a réussi à s'imposer par la force à ceux qui occupaient la région avant eux et qui ont réussi à vaincre militairement tous leurs voisins". Peut-être, mais avec deux nuances:

D'abord Israël a absolument besoin de l'aide américaine pour se défendre. Ce sont eux qui leur fournissent armes et munitions, ainsi que de l'aide financière. Sans eux, le Israéliens ne tiendraient pas un mois face à leurs ennemis.

Et puis, leur indépendance n'est que temporaire. A terme ce pays disparaîtra vaincu par le nombre de ses ennemis s'il ne réforme pas sa politique envers les Palestiniens et les pays voisins. En imposant sa présence par la force sur un territoire qui ne lui appartient pas, en gagnant chaque bataille, et surtout en éliminant 100 ennemis pour chaque Israélien tué, il ne fait qu'augmenter, jour après jour, le nombre de ses ennemis, dont le nombre croît de façon exponentielle. Il est inévitable qu'un jour, ceux-ci soient tellement nombreux qu'ils arrivent à détruire ce petit pays impérialiste et violent de 10 millions d'habitants. Ce jour-là, je ne n'aimerais pas être à leur place...

La Suisse pourrait alors se dire (certains le pensent déjà), "trouvons-nous un allié protecteur, comme les Américains pour les Israéliens!". L'Otan ou l'Union Européenne par exemple.

Oui mais alors le danger est de perdre son indépendance et se mettre sous la botte de quelqu'un d'autre. L'actualité nous en démontre le danger avec les dictats et les retournements de vestes du gouvernement américain. Son président va même jusqu'à humilier publiquement un de ses alliés, l'Ukraine, afin d'arriver à mettre la main sur ses mines de terres rares. Dès lors, comment avoir confiance en quelque pays ou organisation que ce soit? La dépendance se paie un jour ou l'autre.

Rappelez-vous cet aphorisme de Pavese "Tu seras aimé le jour où tu pourras montrer ta faiblesse sans que l'autre s'en serve pour affirmer sa force". Un jour ou l'autre, la dépendance se paye, c'est inévitable. Surtout en ces temps où le capitalisme est poussé à son paroxysme et où la soif de gain prime sur tout autre argument.
 


L'OTAN
Oublier le passé, c'est se condamner à le revivre (Primo Lévy)


La Suisse ne peut pas rejoindre l'Otan puisque c'est une organisation dirigée par les Américains, dont on voit maintenant que ce n'est pas un pays ami fiable. Il oblige les membres de l'Otan à lui acheter encore plus d'armes, au minimum 2% de leur PIB, sous peine de perdre leur soutien. De plus, l'Otan a comme concept de base que "si un seul de ses pays membres est attaqué par un ennemi, tous les autres pays de l'organisation se liguent automatiquement contre le dit ennemi." C'est malheureusement un concept qui a prouvé sa dangerosité puisque c'est lui qui a provoqué la première guerre mondiale. Une succession d'accords de défense réciproques qui ont contraint les pays concernés à entrer en guerre.

Si la Suisse faisait partie de l'Otan, elle devrait automatiquement entrer en guerre en cas de conflit et serait laminée. De plus, son concept de "neutralité armée" serait définitivement perdu. Notre petit pays serait détruit par les guerres comme les autres, peut-être même plus puisqu'il se trouve sur le passage de tous au centre de l'Europe.

Non, l'Otan n'est pas bon pour la Suisse. Par contre nous pourrions harmoniser nos interfaces pour le cas où nous devrions collaborer afin de nous défendre. Avoir les mêmes calibres de munitions, des canaux de communications (radio notamment) communs, etc.
 

Ref: L'OTAN https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_trait%C3%A9_de_l'Atlantique_nord
 


L'Union Européenne
En Suisse, on s'entend bien, parce qu'on ne se comprend pas (Jean-Pascal Delamuraz)


La problématique est la même qu'avec tout autre grande organisation. En devenir membre ce serait perdre notre indépendance, en premier lieu notre système de démocratie directe. La Suisse est un tout petit pays. Comment pourrait-on imaginer influencer la marche d'un mastodonte tel que l'UE? Ceux qui disent qu' "il vaut mieux être dedans et prendre partie à l'élaboration des décisions plutôt que de rester en dehors et les subir" se trompent. D'une part il n'y a aucune chance qu'un petit pays comme le nôtre puisse influencer une grosse machine comme l'UE. C'est mathématique: 9 millions de Suisses ne font pas le poids face à 450 millions d'Européens!

 

Ref: L'Union Européenne https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_europ%C3%A9enne

 

Entre parenthèse, une constatation pour situer le niveau des population dans le monde: Inde 1'500 millions d'âmes,  Chine 1'400 millions, UE 450 millions, USA 350 millions, Russie 146 millions, Japon 124 millions,  Suisse 9 millions. Conclusion: pourquoi toujours considérer la Russie comme l'ennemi?

Et puis le danger principal d'une telle appartenance serait la disparition de notre équilibre social, donc de notre paix  intérieure. La Suisse doit jongler en permanence avec les 4 ethnies qui la composent. C'est un équilibre très fin, qui disparaîtrait avec l'appartenance à l'UE. Notre pays serait alors noyé dans la masse et disparaîtrait en tant que pays indépendant. Notre démocratie directe, le meilleur système politique au monde, devrait être abandonné. L'essence même de la Suisse serait caduc.

 

En conclusion, la Suisse ne peut pas faire partie d'une coalition de pays du point de vue politique, elle y perdrait sa démocratie directe et sa neutralité. L'exemple de l'Union Européenne est absolument clair à cet égard. Si nous acceptons d'en faire partie, nous devrons obéir aux décisions de la Commission européenne et du Parlement européen, nous n'en serions que la 28ème nation à en faire partie. Notre démocratie directe sera court-circuitée puisqu'une une autorité chapeautera la nôtre et nous dictera notre conduite. Il en sera de même pour notre Justice. En contrepartie nous aurons l'illusion de pouvoir disposer d'un peu d'influence sur les décisions prises mais, franchement, qui peut imaginer qu'un pays de 9 millions d'habitants pèse d'un poids quelconque sur un monstre de 450 millions? Non, nous serons obligés de payer notre part aux décisions imposées, de respecter des lois qui ne nous seront pas forcément favorables, d'envoyer nos jeunes au casse-pipe si une guerre se déclare, etc. En bref, nous serons noyés dans la masse des pays européens dirigés en sous-main par les USA via l'OTAN et les accords commerciaux. Le gouvernement actuel des USA exige que chaque pays de l'OTAN (nous devrons en faire partie puisque c'est le chapeau protecteur des pays de l'UE) dépense au minimum 2% de son PIB à l'achat d'armement.  Est-ce un hasard si ce sont les Américains qui sont les plus grands vendeurs d'armes au monde?

 

Il en serait tout différemment si l'Union Européenne se transformait en Fédération Européenne, avec un système "à la Suisse", avec un pouvoir distribué et non centralisé. La mondialisation a largement démontré son incapacité à organiser harmonieusement les activités humaines.

 

L'ère industrielle a pu tranquillement développer, sous le couvert d'un libéralisme fort prisé, un système monstrueux d'esclavage ( François Mitterrand)

 

Loin de libérer les économies des pays émergeants, ce système a libéré les imaginations des affairistes, qui profitent des disparités légales pour produire là où c'est bon marché et vendre là ou c'est cher. Et le résultat, nous le voyons aujourd'hui: les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, 1 % de la population mondiale possède 50 % de la richesse totale! Peut-on parler de réussite ou de redistribution?  Non, c'est exactement l'inverse qui se produit. La conclusion est évidente: plus un système politique est centralisé, plus il favorise l'accaparement des richesses, et accessoirement, plus il rend la corruption facile. C'est exactement le contraire d'un système décentralisé "à la Suisse" dans lequel chaque strate politique détient une parcelle de pouvoir: Confédération, cantons, communes et individus, ce qui évite d'en abuser. On sait d'autre part depuis longtemps que les décisions qui sont prises au plus près de leur lieu d'application sont les meilleures pour ceux qui auront à les suivre. On a vu à quoi a mené la centralisation de la France, dans laquelle le pouvoir absolu était détenu par un seul homme, le roi. L'accaparement de toutes les richesses par un petit groupe d'aristocrates, la  population acculée à la famine et à la misère et... la Révolution française!

 

La Suisse pourrait rejoindre une fédération d'états qui laisserait les systèmes politiques de chacun d'eux inchangés mais les chapeauterait comme le fait la Confédération en Suisse. Les tâches de l'autorité centrale seraient subsidiaires à celles des pays en ce sens qu'elle en organiseraient  le fonctionnement global. Du point de vue commercial notamment, en harmonisant les règles techniques. Si un pays veux vendre aux autres, il doit respecter ces règles-là, mais libre à lui de conserver ses règles internes et ne pas vendre à la communauté. Il en résulterait une confédération d'états dont l'efficacité serait supérieure à l'addition arithmétique des forces de chaque pays. Un peu comme avec les couples d'amoureux, dont on a la coutume de dire que "un + un = trois".

 

Cela signifierait aussi une liberté quasi totale de systèmes politiques nationaux. Chaque pays serait libre du sien tant qu'il respecte celui de l'autorité centrale. Chaque pays aurait sa propre armée et son propre budget et l'autorité centrale se contenterait d'en organiser la collaboration, comme déjà dit, en uniformisant le calibre des munitions, les canaux de communication radio et autres. En cas de guerre, il n'y aurait pas de coalition automatique et donc pas de déclenchement de guerre générale comme en 1918. Chaque pays devrait se défendre lui-même, tout en bénéficiant éventuellement de l'appui  logistique de "collègues" de la Fédération. Les contacts constants entre membres de celle-ci favoriserait le vivre ensemble et éviterait d'en venir aux armes.

 

Pour résumer, l'avenir de l'Humanité consiste plutôt à atomiser le pouvoir plutôt qu'à le concentrer. C'est ainsi que les peuples resteront maîtres de leur destins, que les riches ne deviendront pas encore plus riches, et que les pauvres auront une chance de devenir moins pauvres. Les frontières nationales seront alors autant de pare-feu contre les guerres. Un peu comme dans un bâtiment dont on installe des portes pare-feu afin de limiter l'extension des incendies. En un mot comme en mille:

 

Small is beautiful !
(Plus c'est petit, mieux c'est)

 

 

Pour en revenir à la Suisse, avec de la volonté et les atouts que nous avons, personne n'aura intérêt à nous faire la guerre. Et nous pourrons consacrer nos forces non pas à alimenter les guerres (lorsqu'on a des armes offensives, on finit toujours par s'en servir) mais à faire le bien sur la planète. Et qui sait? Cela pourrait peut-être inciter le monde à changer.

Petite Suisse, engoncée entre tes montagnes et tes eaux, historiquement peuplée de quatre ethnies aux langues différentes, et maintenant par une multitude venue d'ailleurs, reste telle que nous t'aimons: accueillante, sérieuse, fiable, polie, propre, empathique, dynamique et aimant le travail bien fait!

 


La liberté pour les loups signifie la mort pour les agneaux (Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie)