La question de la
persécution des Juifs me poursuit
depuis mon enfance. À l'âge de cinq
ans, j’ai pratiquement appris à lire
en feuilletant la série de livres
"Le Monde en mouvement" de
Marcel Suès, que possédaient mes
parents. La description des camps de
concentration nazis et les horreurs
qui s’y déroulaient ont hanté ma
jeunesse.
J'avais 11 ans et
j'étais en deuxième année au Collège
Scientifique de Lausanne. J’avais dû
préparer un exposé et j’avais choisi
"les camps de concentration nazis"
pour sujet. Mon professeur, Mr
Archinsky, m’avait attribué la
meilleure note, un 10, certainement
pas pour mes qualités d’orateur,
mais pour ce que ce sujet
représentait probablement pour lui
car il était polonais. Par la suite,
j’ai lu tout ce que je pouvais
trouver sur ce sujet et je suis
devenu un admirateur d’Israël. Ce
petit pays, qui tentait de se faire
une place au soleil, incarnait pour
moi le David du Proche-Orient et
cela me plaisait.
Mon admiration pour Israël a vacillé
lors du procès d’Adolf Eichmann, le
nazi pendu pour crimes contre
l’Humanité. Les Israéliens l’avaient
traqué, capturé, extradé, jugé et
exécuté. C’était aussi l’époque où
ils recherchaient les terroristes
palestiniens responsables de
l’assassinat de leur onze athlètes
aux Jeux Olympiques de Munich. Ils
les éliminaient systématiquement, un
à un, partout où ils se trouvaient,
faisant une erreur tragique au
passage, qui conduisit à l'exécution
d’un innocent.
Je suis un fervent partisan de la
rédemption. À mes yeux, il est
essentiel de laisser aux criminels
une chance de se repentir et de
réintégrer la normalité. Mais là,
j’avais le sentiment que ces actes
de vengeance sans fin prolongeaient
indéfiniment le cycle de la
violence, à l’image des vendettas
des familles italiennes qui, à force
de représailles, finissent par
oublier pour quoi elles se battent.
Ces événements m’ont poussé à
m’informer plus à fond sur le drame
palestinien. C’est alors que j’ai
réalisé que les principales
victimes de ce conflit étaient les
Palestiniens, et non les Israéliens
comme je le pensais. Bien sûr, on
peut comprendre que les Juifs
d’Europe aient voulu se créer un
pays refuge, un lieu où ils ne
pourraient plus être persécutés.
Mais il est également compréhensible
que les Palestiniens aient cherché à
repousser ces nouveaux arrivants,
perçus comme des envahisseurs.
N’importe qui aurait fait de même à
leur place. Ainsi, mes certitudes
vacillèrent, et je compris que la
complexité de ce conflit exigeait
une réflexion plus approfondie.